Considéré longtemps comme un dégradé du rouge comme le vert clair est un dégradé du vert, le rose est une couleur attribuée à un sexe dans notre monde contemporain, le sexe féminin mais qu’en est-il exactement ?

On a voulu s’intéresser à cette couleur si particulière qu’est le rose pour toute la symbolique qu’il représente, de son histoire à son utilisation politique, petit retour sur une couleur autrefois masculine, puis féminine qui tend à devenir mixte !

Un rose vieux comme le monde

C’est au début du XXème siècle que le rose est devenu la couleur attribuée aux bébés filles quand le bleu clair est communément connu pour être la couleur des petits garçons. Les grecs de l’Antiquité attribuaient déjà cette couleur à leurs fils, considérant les garçons comme plus productifs que les filles, le bleu reprenait l’image du ciel, la demeure des Dieux, un garçon était donc un cadeau des Dieux, donc bleu. Plus tard, avec la religion chrétienne, les couleurs des sexes changent, le bleu est alors attribué aux filles puisqu’il reprend la couleur de la Vierge Marie, le rose est alors attribué aux petits garçons puisqu’il est un dégradé de rouge, couleur de la virilité masculine.

Jeanne-Antoinette Poisson, Marquise de Pompadour *oil on canvas *81.2 x 64.9 cm *signed l.: f Boucher / 1758

Jeanne-Antoinette Poisson, Marquise de Pompadour
*oil on canvas
*81.2 x 64.9 cm
*signed l.: f Boucher / 1758

Au 19ème siècle, les enfants de la classe bourgeoise sont habillés de la même couleur, le blanc pour symboliser leur innocence et leur pureté. Cette couleur n’est pas non plus le fruit du hasard pour vêtir les bébés, elle symbolise aussi l’hygiène et la propreté de l’enfant.

Les traitements des vêtements évoluant au fil des années, le rose qui résistera aux lavages ne sera possible qu’à partir de la fin du 19ème siècle, pour le bleu, il faudra attendre un peu plus longtemps puisqu’il sera commun qu’à partir des années 1920. C’est aussi à cette période que la couleur vient définir les sexes, le bleu pour les garçons, le rose pour les filles, chacun dans sa case ! (bah oui, si t’es un garçon tu peux pas aimer le rose puisque t’es un garçon… absurde, vous avez dit absurde ?)

On peut aussi parler qu’à la cour du roi Louis XV, sa favorite, la marquise de Pompadour a imposé la couleur rose un peu partout, trouvant que la couleur reflétait bien une certaine délicatesse (c’est surtout que ça faisait très bourgeois, le rose étant une couleur difficile à obtenir !)

 

Le rose, la couleur du romantisme et la couleur des femmes

Pour essayer de trouver pourquoi le rose est devenu avec le temps la couleur des filles, on peut peut-être imaginé que le fait qu’elle soit la couleur du romantisme soit un premier point de départ.

La littérature romantique est une littérature qui souhaite montrer une certaine forme de tendresse, une douceur, ces qualificatifs imaginés comme étant féminins, il est possible que le rose soit devenu par une association d’idées la couleur de la féminité au point de devenir presque logique que rose = fille.

Le romantisme mettant en avant l’expression des sentiments, cette philosophie de faire voir et connaître ce que l’on pense et ce que l’on ressent est également une pensée que l’on imagine comme une pensée féminine plutôt que masculine aujourd’hui avec des phrases aussi absurdes que « les filles ça pleurent tout le temps ».

Le rose s’impose donc comme une évidence et va être poussé par le consumérisme jusqu’à son paroxysme. À noter que dans les années 1970, le mouvement de libération des femmes utilise le rose dans sa prise de parole, cette utilisation vient « genrer » encore plus la couleur pour devenir une évidence qu’elle est le symbole de la féminité.

Barbie, un symbole monochromatique à l’origine de l’association ?

Sans chercher un ou une coupable, il est intéressant de voir comment la couleur rose s’est imposée aux petites filles comme une évidence. Il n’est évidemment pas dans les gènes féminins d’aimer le rose, cette idée vient aux petites filles par l’appropriation qu’elles ont dès l’enfance de cette couleur.

barbie-logo

Si l’univers des jouets des petites filles est essentiellement rose, chez Mattel, c’est même une marque de fabrique. La légendaire poupée Barbie a pourtant débuté sa vie dans des couleurs beaucoup plus variées jusque dans les années 80 où le rose flashy est devenu petit à petit sa marque de fabrique.

C’est étrangement à ce moment que les mouvements féministes mettent l’alerte sur l’appropriation des couleurs pour distinguer les sexes. Une distinction entre les filles et les garçons qui se dénoncent mais Barbie a de beaux jours devant elle, le rose également puisque la célèbre poupée va influencer les autres fabricants de jouets dans leur choix des couleurs pour imaginer leurs produits à destination des petites filles.

Depuis quelques années, le genre des jouets à tendance (et c’est une super nouvelle) à s’effacer. On remarque donc une nouvelle façon d’imaginer le jouet, non pas en lui attribuant une couleur et donc un sexe mais en reprenant les objets rencontrés par les enfants dans la vraie vie. Barbie a été pionnière du mouvement avec sa Vespa rose ou encore sa New Beetle rose.

Le culte du rose ou le rose culte dans la mode

Si un sexe a une couleur attribuée, cela se reflète bien évidemment dans la mode. Donc avant, le rose était une couleur portée par les hommes, et symbolisait toute la virilité de ceux-ci comme dans un tableau représentant Henri IV dans une tenue toute en rose (c’est qu’il en avait une grosse paire le Henri…)

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Après la petite révolution qui a fait penser que le rose était la couleur féminine, on a évidemment développé la couleur pour les vêtements féminins et pas uniquement pour les petites filles. Suprématie du rose, le tailleur de Jackie Kennedy vient presque comme un emblème de classicisme chic à l’américaine qui se retrouvera taché du sang de son mari.

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(credit photo : Getty Images – Art Rickerby

Le rose commence de plus en plus a être considéré comme une couleur pour les deux sexes, mais n’allons pas nous mentir, les hommes qui le portent se prennent régulièrement une réflexion sur ce pantone qui les habillent…

Le rose dans la mode a également eu un symbole tout autre, devenant la couleur étendard de la « pouf ». Cette « pastelisation » venant suggérer que la fille qui le porte s’assume pleinement dans sa féminité au point de la montrer de façon exacerbé. L’idée commune de la population face à ce rose prédominant étant évidemment que la jeune fille est un peu « concon ». L’association d’idée étant rose + paillettes + petit chien ridicule + Juicy Couture = Paris Hilton, une fille débile !

C’est pourtant dans cet univers chromatique que Nicki Minaj réalise sa marque de reconnaissance, usant et abusant du rose en plus d’autres couleurs pastels pour un univers girly poussé à son paroxysme. Il ne faut pourtant pas y voir une quelconque volonté de jouer la petite fille, les paroles des chansons et les danses de la demoiselle venant rappeler à l’ordre qu’elle n’a rien d’une conne abusée dans sa féminité : « Ce n’est pas à vous de me dire qui je suis, c’est à moi ». C’est d’ailleurs cette utilisation multicolore qui nous fait penser à des mouvements plus proche de Seapunk ou de l’adoration de la licorne (caca paillettes !)

Le rose est politique !

Ce rose, si controversé, si amplement ancré dans l’imaginaire contemporain comme symbole féminin a été également utilisé à des fins politiques. Rappelons-nous la charmante phrase de Trump « les attraper par la chatte ». Aussi charmante que poétique, les opinons du président américain sur ses contemporains de sexe féminin a donné naissance au mouvement #pussyhatproject symbolisé par le port d’un bonnet rose avec des oreilles de chat. Partie de Californie, cette opération autour tricot de bonnets s’est propagée à travers les Etats-Unis après un appel sur le net. Plus de 60 000 bonnets auraient déjà été confectionnés comme revendication féminine et féministe.

pussyhatproject

Alors, le rose sera t-il toujours la couleur des filles ?  Les mœurs et les sociétés évoluant, pourquoi pas les couleurs attribuées aux sexes ? Le mieux pour l’égalité étant que tout ce qui est masculin soit féminin et tout ce qui est féminin soit masculin également… On observe notamment via le mannequin Gregory Robert alias @gogolupin que la passion du rose peut-être distribué entre les deux sexes avec son concept de Pink Vision qu’on vous laisse découvrir à travers une courte vidéo de lui.