La mode n’est pas uniquement une succession de collections et de défilés, il lui arrive de prendre part à la fonction publique ou même des réaliser les vêtements des sociétés privées. Le vêtement étant le premier impact que l’on peut avoir sur une clientèle, les sociétés ont vite compris que la mode pourrait être un atout, un vecteur d’image : quand la mode est au service de l’uniforme.

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Les créateurs de mode ne travaillent pas uniquement pour des maisons de couture, ils sont mandatés également à créer des uniformes pour des compagnies et se retrouvent à imaginer un outil de travail qui soit à la fois pratique et beau. Depuis les années 40, de grands maisons de couture ont apposées leurs étiquettes sur des uniformes civils ou militaires. De Balenciaga sur les uniformes des pompiers à Alexander McQueen pour les hôtels du Gansevoort Hotel Group jusqu’au cœur des soutanes du Vatican, la liste est longue et surprenante dans ce marché en forte expansion qui concerne en France un salarié sur trois.

« Il est chic ton bleu de travail »

Puisqu’il est important de donner une bonne image de soi mais aussi de faire ressentir aux employés un sentiment d’appartenance à la société, l’uniforme est la bonne solution puisqu’il fédère. Des agences spécialisées sur le secteur se sont montées, comme Bragard ou Chic at Work (oui c’est le vrai nom !), qui depuis plus de 10 ans est le fournisseur officiel d’uniformes pour des restaurants, des hôtels, des spas, de grandes boutiques et/ou marques comme le Ritz ou encore l’Institut Paul Bocuse. L’intérêt est capital puisque l’uniforme est la pour faire plonger le consommateur dans un univers de marque, lui monter dès le premier coup d’œil ou il est et quel genre de prestations il va avoir.

Du côté des créateurs de mode, l’élaboration d’un uniforme permet une forte visibilité (JMB pour les uniformes d’Air Caraïbes) même si celle-ci peut rester discrète ou être non revendiquée. Pour garder une certaine discrétion, les créateurs de mode font parfois appel à des sociétés spécialisées dans l’uniforme pour ne pas mettre un nom trop en avant : Jean-Charles de Castelbajac a ainsi eu l’occasion d’habiller le personnel des Sofitel via Bragard.

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Dans la fonction publique, où l’uniforme permet une identification immédiate du salarié, l’enjeu est de taille. L’uniforme doit être pratique et reconnaissable, Balenciaga a ainsi du travailler à rhabiller la Police Nationale en 2005 alors que Carven avait un peu moins la pression avec les vendeuses de Marionnaud en 2013.

Même si les talents des créateurs sont la plupart du temps reconnus il existe dans l’histoire des uniformes qui ont eu besoin de « petites retouches ». En 1985, c’était Balmain qui devait revoir les uniformes de la Police, mettant au placard le képi. Cette décision longuement critiquée a valu à la maison de très (très) nombreuses lettres de protestation. En 2008 l’armée russe a fait appel aux talents de Valentin Yudashkin pour ses uniformes, les nouvelles tenues ont été responsables de plusieurs hospitalisations à cause d’un rembourrage thermique de mauvaise qualité.

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« L’uniforme 5 étoiles »

Dans les hôtels de grand luxe, l’image du personnel est au delà de nécessaire. Le Park Hyatt de New York a laissé Narciso Rodriguez prendre en main la réalisation des uniformes des employés de l’hôtel. Le choix du designer a surement été poussé par le fait qu’il soit le créateur préféré de la première dame des Etats-Unis, Michelle Obama. A Toronto, le Shangri La a opté pour le designer local Sunny Fong pour la refonte des robes du personnel et pour les uniformes portés dans la salle « champagne ».

La chaîne W hôtels a eu le droit en 2009 à des uniformes imaginés par Michael Kors et la chanteuse et créatrice Gwen Stefani. Le Royalton de New York porte les créations de Yohji Yamamoto et le staff du groupe Gansevoort Hotel Group, celles d’Alexander McQueen.

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 « Les issues de secours se situent à l’avant, au centre et à l’arrière de l’appareil… »

Les secteurs les plus emblématiques des uniformes de travail restent les secteurs du voyage et du transport. Ainsi l’aviation est la première catégorie professionnelle a s’être vue habillée de grands créateurs. Air France, « emblème » national français se devait de montrer de la France une image irréprochable dès 1946. Les hôtesses de l’air ont alors été parées de grands noms : Dior, Balenciaga, Nina Ricci et désormais Christian Lacroix depuis 2005. Des uniformes pour assoir leur autorité et porter le symbole de l’élégance à la française.

Pour les autres compagnies et les autres pays c’est le même combat. On entre alors dans une véritable volonté de faire du personnel de bord des ambassadeurs de leur pays et on retrouve Balmain à l’origine des uniformes de Singapore Airlines, Pucci pour Qantas, Vivienne Westwood pour Virgin Galactic ou Carven, grand leader sur le marché de l’uniforme de compagnies aériennes, qui a réalisé ceux d’Air India, Kuwait Airlines et Saudi Arabian Airlines avant de s’occuper de ceux des employés d’Aéroports de Parisuniforme-mode-modernists-air france

« … et la mode créa la soutane »

Une tenue du Pape peut atteindre plus de 30 000 euros, il est donc naturel que la guerre des créateurs fasse loi au Vatican. Depuis 1798, c’est la maison Gammarelli qui habille les Papes et les cardinaux, prévoyant trois tailles pour le leader de la religion catholique, s’assurant ainsi la coupe parfaite.

En ce qui concerna les gardes suisses, une rumeur persiste à dire que c’est Michel Ange lui-même qui aurait dessiné leur uniforme. Selon le Vatican, la rumeur est non fondée et c’est le commandant Jules Repond qui serait à l’origine des pantalons bouffants et des rayures des gardes. uniforme-mode-pape-françois-modernists

« d’abord la jambe gauche, toujours… chaussette… chaussure »

Dans le sport aussi il arrive de retrouver de grands maisons de mode aux côtés des Nike et Adidas de rigueur. Lors des Jeux Olympiques, en particulier en 2014 à Sotchi, les athlètes défilaient dans des tenues élaborées par Ralph Lauren, Stella McCartney (dont les tenues ont remportées un grand succès), Prada, Armani ou encore plus surprenant, Hermès pour la cérémonie d’ouverture. Le but est d’alors d’éviter l’entorse au bon sens comme Ralph Lauren qui lors des derniers jeux avait eu la mauvaise idée de faire fabriquer ses vêtements en Chine pour la délégation américaine. Le football n’échappe pas à la règle puisque l’équipe du Milan A.C. est habillée depuis 2004 par Dolce & Gabbana. En 1976, c’est encore Carven via son département Carven Uniformes qui habille les sportifs de l’équipe de France pour les Jeux Olympiques de Montréal. uniforme-mode-modernists-sport-ralph-lauren

« L’uniforme du scandale »

C’est l’histoire qui fait mal. En 1931, le fondateur d’Hugo Boss adhère au Parti nazi et contribue dès 1945 à la production des uniformes militaires du Troisième Reich : pour la milice d’Hitler, pour les SS, pour la jeunesse hitlérienne et pour la Wehrmacht (réunissant l’armée de l’air, l’armée de terre et la marine militaire). Les commandes militaires ont été le moyen pour Hugo Boss de ne pas mettre la clé sous la porte mais après la guerre, Hugo Ferdinand Boss, le fondateur, a été accusé « d’opportuniste du Troisième Reich » et s’est vu privé de ses droits civiques en plus d’une amende de 80 000 marks. Pour assurer les commandes, la marque avait eu recours à des travailleurs forcés français et polonais ainsi qu’à des déportés de camps de concentration.

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